De l’Homo Economicus à une approche davantage liée a la condition humaine : L’homme comme Projet Jeté.

La notion d’homo Economicus est, par définition, un des fondements de la théorie économique traditionnelle.  Selon cette vision l’homme s’apparente à une machine calculatrice : Il collecte l’ensemble des information pertinentes, capable d’influencer ses choix, en gros l’ensemble des prix et le montant de ses disponibilités, et rationnellement il choisit la meilleure allocation (panier) de biens lui garantissant la maximisation de sa satisfaction.
D’un point de vue purement philosophique on nage en plein cartésianisme : A l’aune de l’intelligence artificielle, on n’a aucune peine à imaginer cet Homo Economicus substitué par un algorithme – bien calibré, l’algorithme, ne devrait point peiner pour reproduire ses choix (rationnels et maximisant).
Soyons clairs, la science économique est bien consciente du côté partiel et réducteur d’une telle démarche. De ce fait, on a intégré l’information imparfaite (seulement une partie des prix est connue lors du choix), l’incertitude et, même, l’interaction avec les autres au moment du choix, à travers l’introduction du comportement stratégique.
Cependant, une constante a été toujours jalousement gardée (ou bien moins souvent abandonnée) : le caractère maximisant des choix effectués par l’Homo Economicus. Or grâce à la philosophie et à ses développements récents, on peut envisager une alternative à cette hypothèse -ce qui nous permettra d’avoir un autre point de vue, plus frai et « humain ».
L’homme existentialiste nous offre ce dépassement fécond qui nous éloigne de la mécanique cartésienne. L’homme est, en simplifiant à l’extrême ce courant philosophique, dans son essence et avant tout, Projet Jeté. La définition semble inintelligible et loin d’avoir une quelconque utilité : cependant c’est bien plutôt le contraire qui est vrai.
Analysons cette définition mot par mot, de sorte à pouvoir l’applique au monde actuel et comprendre sa richesse.
A. Chacun de nous est « Être Jeté ». Ceci nous parle intuitivement : à notre naissance chacun de nous est « Jeté » dans une réalité, un environnement, ou encore plus précisément dans un monde. Mais surtout on est « Jeté » dans le monde avec (grâce à) des autres et c’est bien ces autres qui vont assurer notre vie (et même souvent survie) dans le monde.
Maintenant, les objets (biens) viennent à nous grâce (à travers) les autres : qui, par exemple, n’a pas observé l’aisance d’un enfant dans le maniement d’un téléphone portable. On est toujours surpris. Cependant, si l’on réfléchit, l’enfant applique tout simplement un comportement mimétique : il a observé notre façon d’utiliser l’objet et donc il va simplement reproduire son maniement. L’enfant, comme nous tous du reste, ne va pas se soucier de comprendre l’objet téléphone portable (et ses dangers éventuels) avant de l’utiliser. Son intérêt est d’utiliser (au plus vite) au pair de tous les autres gens qui l’entourent.
Imiter les autres dans leur choix est donc un comportement à mettre en avant car c’est ce qui nous a permis d’intégrer -de s’adapter à- notre monde. A bien des égards, ceci agit tout au long de notre vie :  Si ce n’est pas cette force, qu’est-ce qui peut expliquer le comportement moutonnier lors d’un gonflement d’une bulle spéculative sur un marché financier, par exemple ?
Ainsi, l’envie d’être comme les autres peut, aisément, nous faire oublier notre rationalité (rationalité qui est une stratégie/methodologie, elle aussi, apprise grâce aux autres) et nous conduire à des mauvais choix.
A ce propos, si vous avez un ami banquier, n’hésitez pas à lui demander le nombre de fois qu’il se vu contraint d’expliquer à ses clients que la performance passée sur un actif n’est point garantie de son évolution future. Une hausse du cours pendant plusieurs années de suite est, toute chose étant égale par ailleurs, signe d’un prix surfait plutôt que d’une occasion à saisir.
En résume, la « jetitude » de notre existence est à la base de notre attitude conformiste, de notre suivisme : Plein de choix peuvent donc s’expliquer sur la base de ces considérations.
B. L’être est également « Projet » : En effet, nous sommes constamment en train de planifier et de nous projeter, et donc vivre, dans le futur. Le présent peut bien s’égrener comme il veut, ce qu’on souhaite est constamment devant nous. De ce point de vue, la projection individuelle vers l’avant requière d’un côté de la visibilité, de l’autre de la stabilité : l’homme comme projet a besoin au moins d’entrevoir les résultats de ses plans dans le futur.
Il va sans dire que dans un monde où les certitudes sont devenues des pures chimères, l’individu va oublier, une fois encore, sa rationalité de maximisation. Ses choix seront plutôt dictés par sa volonté d’un retour en arrière dans un monde prétendument connu et stable.
Mais, le fait de se projeter vers le futur en espérant la résurgence du passé a-t-il un sens ? Non, certainement pas.
L’histoire passe et marque le monde d’une façon indélébile- pensons seulement aux traces dues à la technique moderne : le retour en arrière est pure illusion (de plus retour à quel point, en éliminât quoi au passage).
La seule solution pour chacun de nous est de rester ouvert face au changement – on doit accepter un aggiornamento perpétuel -.
Mais, l’aggiornamento coûte : une aide significative et individuelle est ici nécessaire. Cette aide représente le prix à payer au niveau social pour obtenir une projection individuelle apaisée.
Ainsi, l’aide aux laissés-pour-compte implique forcément la présence d’un système de redistribution de la richesse parmi les individus mais aussi, et surtout, d’un système d’éducation performant : en effet, le seul véritable antidote à une instabilité croissante est d’enrichir son propre capital humain et donc garantir une ouverture (positive) sur le monde.

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